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Thursday, January 4, 2007

Friedrich Hölderlin Lebenslauf

Lebenslauf


Hoch auf strebte mein Geist, aber die Liebe zog

Schön ihn nieder; das Leid beugt ihn gewaltiger;

So durchlauf ich des Lebens

Bogen und kehre, woher ich kam.


Friedrich Hölderlin An den Frühling

An den Frühling


Wangen sah ich verblühn, und die Kraft der Arme veralten

Du mein Herz! noch alterst du nicht; wie Luna den Liebling

Weckte des Himmels Kind, die Freude, vom Schlafe dich wieder;

Denn Sie erwacht mit mir zu neuer, glühender Jugend,

Meine Schwester, die süße Natur, und meine geliebten

Tale lächeln mich an, und meine geliebteren Haine,

Voll erfreulichen Vogelgesangs, und scherzender Lüfte,

Jauchzen in wilder Lust der freundlichen Gruß mir entgegen.

Der du Herzen verjüngst, und Fluren, heiliger Frühling,

Heil dir! Erstgeborner der Zeit! erquickender Frühling,

Erstgeborner im Schoße der Zeit! Gewaltiger!

Heil dir, Heil! die Fessel zerriß; und tönt dir Feiergesinge,

Daß die Gestad' erbeben, der Strom, wir Jünglinge taumeln,

Jauchzen hinaus, wo der Strom dich preist, wir enthüllen, du Holder,

Deinem Liebeshauche die glühende Brust, und stürzen hinunter

In den Strom, und jauchzen mit ihm, und nennen dich Bruder.

Bruder! wie tanzt so schön, mit tausendfältiger Freude,

Ach! und tausendfältiger Lieb im lächelnden Aether

Deine Erde dahin, seit aus Elysiums Talen

Du mit dem Zauberstab ihr nahtest, himmlischer Jüngling!

Sahn wir nicht, wie sie freundlicher nun den stolzen Geliebten

Grüßt', den heiligen Tag, wenn er kühn vom Siege der Schatten

Über die Berge flammt! wie sie sanfterrötend im Schleier

Silberner Düfte verhüllt, in süßen Erwartungen aufblickt,

Bis sie glühet von ihm, und ihre friedlichen Kinder

Alle, Blumen und Hain' und Saaten und sprossende Reben,...

Schlummre, schlummre nun, mit deinen friedlichen Kindern,

Mutter Erde! denn Helios hat die glühenden Rosse

Längst zur Ruhe gelenkt, und die freundlichen Helden des Himmels,

Perseus dort, und Herkules dort, sie wallen in stiller

Liebe vorbei, und leise durchstreift der flüsternde Nachthauch

Deine fröhliche Saat, und die fernher tönenden Bäche

Lispeln Schlummergesänge darein,...


An die klugen Ratgeber Friedrich Hölderlin

An die klugen Ratgeber


Ich sollte nicht im Lebensfelde ringen,

Solang mein Herz nach höchster Schöne strebt,

Ich soll mein Schwanenlied am Grabe singen,

Wo ihr so gern lebendig uns begräbt?

O! schonet mein und laßt das rege Streben,

Bis seine Flut ins fernste Meer sich stürzt,

Laßt immerhin, ihr Ärzte, laßt mich leben,

Solang die Parze nicht die Bahn verkürzt.

Des Weins Gewächs verschmäht die kühlen Tale,

Hesperiens beglückter Garten bringt

Die goldnen Früchte nur im heißen Strahle,

Der, wie ein Pfeil, ins Herz der Erde dringt;

Was warnt ihr dann, wenn stolz und ungeschändet

Des Menschen Herz von kühnem Zorn entbrennt,

Was nimmt ihr ihm, der nur im Kampf vollendet,

Ihr Weichlinge, sein glühend Element?

Er hat das Schwert zum Spiele nicht genommen,

Der Richter, der die alte Nacht verdammt,

Er ist zum Schlafe nicht herabgekommen,

Der reine Geist, der aus dem Aether stammt;

Er strahlt heran, er schröckt, wie Meteore,

Befreit und bändigt, ohne Ruh' und Sold,

Bis, wiederkehrend durch des Himmels Tore,

Sein Kämpferwagen im Triumphe rollt.

Und ihr, ihr wollt des Rächers Arme lähmen,

Dem Geiste, der mit Götterrecht gebeut,

Bedeutet ihr, sich knechtisch zu bequemen,

Nach eures Pöbels Unerbittlichkeit?

Das Irrhaus wählt ihr euch zum Tribunale,

Dem soll der Herrliche sich unterziehn,

Den Gott in uns, den macht ihr zum Skandale,

Und setzt den Wurm zum König über ihn. -

Sonst ward der Schwärmer doch ans Kreuz geschlagen,

Und oft in edlem Löwengrimme rang

Der Mensch an donnernden Entscheidungstagen,

Bis Glück und Wut das kühne Recht bezwang;

Ach! wie die Sonne, sank zur Ruhe nieder,

Wer unter Kampf ein herrlich Werk begann,

Er sank und morgenrötlich hub er wieder

In seinen Lieblingen zu leuchten an.

Jetzt blüht die neue Kunst, das Herz zu morden,

Zum Todesdolch in meuchlerischer Hand

Ist nun der Rat des klugen Manns geworden,

Und furchtbar, wie ein Scherge, der Verstand;

Bekehrt von euch zu feiger Ruhe, findet

Der Geist der Jünglinge sein schmählich Grab,

Ach! ruhmlos in die Nebelnächte schwindet

Aus heitrer Luft manch schöner Stern hinab.

Umsonst, wenn auch der Geister Erste fallen,

Die starken Tugenden, wie Wachs, vergehn,

Das Schöne muß aus diesen Kämpfen allen,

Aus dieser Nacht der Tage Tag entstehn;

Begräbt sie nur, ihr Toten, eure Toten!

Indes ihr noch die Leichenfackel hält,

Geschiehet schon, wie unser Herz geboten,

Bricht schon herein die neue beßre Welt.


Mal faire, dire vrai

Mal faire, dire vrai

"Mal faire, dire vrai": entretien de Michel Foucault avec André Berten 1981, institut de criminologie, université du Louvain, notes extraites d'un document vidéo BNF environ 47 minutes.


(. . .) S’il y a dans ce que je fais une certaine cohérence, elle est peut-être plus liée à une situation qui nous appartient à tous les uns et les autres—dans laquelle nous sommes tous pris—plus qu’à une intuition fondamentale ou pensée systématique.

(. . .) Tâche de la philosophie : dire qui nous sommes, qu’est-ce que notre présent ? Une question qui n’aurait pas eu de sens pour Descartes, qui commence à avoir du sens pour Kant (Was ist Aufklärung ? ), en un sens la question de Hegel et de Nietszche.

(. . .) Alors comment j’en suis venu à ce genre de question ? 2 mots sur notre histoire intellectuelle aux uns et aux autres ; vers 1950, le mode d’analyse phénoménologique était la philosophie dominante sans « despotisme » mais quand même un style général d’analyse qui revendiquait l’analyse du « concret ». On peut de ce point de vue rester un peu insatisfait car ce « concret » restait un peu académique, universitaire, vous aviez des objets privilégiés :l’expérience vécue ou la perception d’un arbre à travers la fenêtre du bureau –enfin je suis un peu sévère mais. . . bon. . . le champ d’objet était prédéterminé par une tradition philosophique et universitaire qu’il valait peut-être la peine d’ouvrir.
=>2ème forme de pensée dominante :le marxisme
=>3ème courant en France l’histoire des sciences avec Bachelard et Cavailles.
Je me suis posé aux croisement de ces courants. Par rapport à la phénoménologie «Est-ce qu’il ne faut pas faire l’analyse d’expériences collectives et sociales. Par exemple la folie :le champ social, institutions et pratiques qu’il faut analyser et pour lesquels les analyses marxistes sont comme des habits de confection mal ajustés. . .
Et aussi à travers des expériences collective :comment peut-on faire l’histoire de l’emergence d’une connaissance et comment des objets nouveaux peuvent se présenter comme objets à connaitre. Alors ça donne si vous voulez ceci :Est-ce qu’il y a une expérience de la folie caractéristique d’un type de société comme les notres, comment cette expérience a-t-elle pu se constituer, comment elle a pu émerger et à travers cette expérience, comment la folie s’est-elle constituée comme un objet de savoir pour une médecine qui se présentait comme médecine mentale. Ce qui donne en gros :à travers quelles transformations historiques, quelles modifications institutionnelles s’est constituée une expérience de la folie avec le pôle « subjectif »de l’expérience de la folie et le pôle « objectif » de la maladie mentale.

(. . .) Expériences limites à partir de quoi est remis en question ce qui est considéré d’ordinaire comme acceptable. Histoire de la folie=>interrogation sur notre système de raison, pensée médicale par rapport à l’expérience de la mort, le crime comme point de rupture avec la loi etc.

(. . .) La question du pouvoir a été marginalisée, simplifiée par la question des fondements juridiques ou des rapports de production. Le pouvoir ne fonctionne pas à partir de son fondement, il y a des pouvoirs non fondés qui fonctionnent très bien et des pouvoirs fondés qui finalement n’ont pas fonctionnés !

(. . .) le pouvoir c’est l’exercice d’une gouvernementalité : par exemple au moyen-âge, la vie quotidienne des gens n’était pas important tandis que maintenant par exemple le type de consommation des gens est important économiquement et politiquement, le nombre d’objets a considérablement augmenté.

(. . .) L’histoire que je fais : 1. part de l’actualité 2. choisit comme domaine d’analyse des points « fragiles » ou « sensibles » de l’actualité. Je ne concevrais guère une histoire qui serait proprement spéculative. Le jeu, c’est d’essayer de détecter parmi les choses dont on n’a pas encore parlé, qu’elles sont celles qui donnent des indices de fragilité dans nos pratiques, nos réflexions etc. Par exemple les prisons :l’évidence que la privation de liberté est la forme la plus juste, simple, équitable :cela n’était pas tellement interrogé. Or j’ai voulu montrer que cela était quelque chose de récent, invention technique, rationalité de la fin du XVIIIème siècle. Il s’agit de rendre les choses plus fragiles : montrer la logique des stratégies à travers lesquelles les choses se sont produites et montrer que ce ne sont pourtant que des stratégies et que du coup ce qui paraissait évident ne l’est pas. De même notre rapport à la folie est historiquement constitué donc peut-être politiquement détruit. Réintégrer les évidences de nos pratiques dans l’historicité même de ces pratiques et du coup les déchoir de leur statut d’évidence pour leur redonner leur mobilité.

(. . .) Je fais l’histoire des problématisations c’est à dire l’histoire de la manière dont les choses font problème, comment et pourquoi la folie a-t-elle fait problème (à travers la naissance de la psychanalyse), comment et pourquoi notre rapport à la sexualité a-t-il fait problème ?

(. . .) Je me suis toujours intéressé au droit : la question est de savoir comment des technologies de gouvernement peuvent prendre forme dans une société qui prétend fonctionner au droit. Je croise le droit sans le prendre comme objet central.

(. . .) Si Dieu me prête vie, j’étudierai la guerre et l’institution de la guerre dans la dimension militaire de la société.

(. . .)
A. Berten: Et nous espérons tous que Dieu vous prêtera vie.

MF: Je ne Lui souhaite pas !

Michel Foucault, Entretien « Vous êtes dangereux » (1983)

Michel Foucault, Entretien « Vous êtes dangereux » (1983)

« Vous êtes dangereux », Libération, n° 639, 10 juin 1983, p. 20. Republié dans Michel Foucault, Dits et écrits. 1954-1988. Tome IV : 1980-1988, Paris, Éditions Gallimard, p. 522-524, avec la présentation suivante :
« Emprisonné pour un vol de huit cent francs, qu'il niait, Roger Knobelspiess bénéficie d'une libération conditionnelle. Arrêté de nouveau pour vol, il est placé dans un quartier de haute sécurité, dont il entreprend la dénonciation. Son combat le rend populaire auprès de journalistes, d'intellectuels et d'artistes. Un comité, dont M. Foucault ne fit pas partie, se constitue pour que son procès soit révisé et demande à M. Foucault de préfacer son livre Q.H.S. : quartier de haute sécurité (Paris, Stock, 1980). Lorsque la gauche arrive au pouvoir, Roger Knobelspiess est rejugé et libéré. Arrêté peu après à l'occasion d'un hold-up, celui qui avait été le symbole de l'iniquité de la justice devient alors la représentation du laxisme de la gauche et de l'irresponsabilité des intellectuels. M. Foucault répond ici à cette campagne. »

Pour être surpris, j'ai été surpris. Non par ce qui s'est passé, mais par les réactions, et la physionomie qu'elles ont donnée à l'événement.

Ce qui s'est passé ? Un homme est condamné à quinze ans de prison pour un hold-up. Neuf ans après, la cour d'assises de Rouen déclare que la condamnation de Knobelspiess est manifestement exagérée. Libéré, il vient d'être inculpé à nouveau pour d'autres faits. Et voilà que toute la presse crie à l'erreur, à la duperie, à l'intoxication. Et elle crie contre qui ? Contre ceux qui avaient demandé une justice mieux mesurée, contre ceux qui avaient affirmé que la prison n'était pas de nature à transformer un condamné.

Posons quelques questions simples :

1) Où est l'erreur ? Ceux qui ont essayé de poser sérieusement le problème de la prison le disent depuis des années : la prison a été instaurée pour punir et amender. Elle punit ? Peut-être. Elle amende ? Certainement pas. Ni réinsertion ni formation, mais constitution et renforcement d'un « milieu délinquant ». Qui entre en prison pour vol de quelques milliers de francs a bien plus de chances d'en sortir gangster qu'honnête homme. Le livre de Knobelspiess le montrait bien : prison à l'intérieur de la prison, les quartiers de haute sécurité risquaient de faire des enragés. Knobelspiess l'a dit, nous l'avons dit et il fallait que ce soit connu. Les faits, autant que nous pouvons le savoir, risquent de le confirmer.

2) Qui a été dupé ? Ceux évidemment auxquels on a voulu faire croire qu'un bon séjour en prison pouvait toujours être utile pour redresser un garçon dangereux ou empêcher la récidive d'un délinquant primaire. Ceux également a qui l'on a voulu faire croire que quinze ans de prison infligés à Knobelspiess pour un fait mal établi pourraient être du plus grand profit pour lui et pour les autres. Les gens n'ont pas été dupés par ceux qui veulent qu'une justice soit aussi scrupuleuse que possible, mais par ceux qui promettent que des punitions mal réfléchies assureront la sécurité.

3) Où est l'intoxication ? Soljenitsyne a une phrase superbe et dure : « On aurait dû, dit-il, se méfier de ces leaders politiques qui ont l'habitude d'héroïser leurs prisons. » Il y a toute une littérature de pacotille et un journalisme plat qui pratiquent à la fois l'amour des délinquants et la peur panique de la délinquance. Le truand héros, l'ennemi public, le rebelle indomptable, les anges noirs... On publie sous le nom de grands tueurs ou de gangsters célèbres des livres rewrités – ou plutôt writés – par des éditeurs : et les médias s'en enchantent. La réalité est tout autre : l'univers de la délinquance et de la prison est dur, mesquin, avilissant. L'intoxication ne consiste pas à le dire. Elle consiste à draper cette réalité sous des oripeaux dérisoires. Ces héroïsations ambiguës sont dangereuses, car une société a besoin non pas d'aimer ou de haïr ses criminels, mais de savoir aussi exactement que possible qui elle punit, pourquoi elle punit, comment elle punit et avec quels effets. Elles sont dangereuses aussi car rien n'est plus facile que d'alimenter par ces exaltations troubles un climat de peur et d'insécurité où les violences s'exaspèrent d'un côté comme de l'autre.

4) Où est le courage ? Il est dans le sérieux qu'on apporte à poser et à reposer sans cesse ces problèmes qui sont parmi les plus vieux du monde : ceux de la justice et de la punition. Une justice ne doit jamais oublier combien il est difficile d'être juste et facile d'être injuste, quel travail demande la découverte d'un atome de vérité et combien serait périlleux l'abus de son pouvoir. Ce fut la grandeur des sociétés comme les nôtres : depuis des siècles, à travers discussions, polémiques, erreurs aussi, elles se sont interrogées sur la manière dont la justice doit être dite, c'est-à-dire pratiquée. La justice – je parle là de l'institution – finit par servir le despotisme si ceux qui l'exercent et ceux -là même qu'elle protège n'ont pas le courage de la problématiser. Le travail de l'actuel garde des Sceaux [Robert Badinter] pour repenser le système pénal plus largement qu'il ne l'avait été jusqu'ici est, de ce point de vue, important. En tout cas, les magistrats et les jurés de Rouen ont été fidèles à cette tradition et à cette nécessité lorsqu'ils ont déclaré démesurée la peine infligée à Knobelspiess. Démesurée, donc mauvaise pour tout le monde.

5) Où sont les dangers ? Les dangers sont dans la délinquance. Les dangers sont dans les abus de pouvoir. Et ils sont dans la spirale qui les lie entre eux. Il faut s'en prendre à tout ce qui peut renforcer la délinquance. S'en prendre aussi à tout ce qui, dans la manière de la punir, risque de la renforcer.

Quant à vous, pour qui un crime d'aujourd'hui justifierait une punition d'hier, vous ne savez pas raisonner. Mais pis, vous êtes dangereux pour nous et pour vous-même, si du moins, comme nous, vous ne voulez pas vous trouver un jour sous le coup d'une justice endormie sous ses arbitraires. Vous êtes aussi un danger historique. Car une justice doit toujours s'interroger sur elle-même tout comme une société ne peut vivre que du travail qu'elle exerce sur elle-même et sur ses institutions.

Michel Foucault